Eurostat vient de publier une comparaison entre les coûts du travail horaires dans les pays de l'Union Européenne. L'UMP et la presse économique ont immédiatement relayés deux chiffres : l'estimation du coût du travail en Allemagne autour de 30€ et celui pour la France autour de 34€. Ce serait enfin la preuve que le problème économique majeur de la France serait bien un problème de coût.
Remarquons d'abord que si c'était le cas, la TVA sociale proposée par Nicolas Sarkozy ne permet pas d'y répondre au vu des écarts.
Remarquons aussi qu’une étude de l’INSEE évaluait le cout du travail dans l’industrie et les services marchands en France à 31,82€ en moyenne en 2008. Nous pourrions en conclure que ce coût a donc augmenté depuis 4 ans contrairement aux promesses de Nicolas Sarkozy ! Dans cette même étude, le coût en France et en Allemagne était sensiblement le même.
Mais revenons sérieusement sur ces chiffres et la façon de les analyser.
1. les statistiques d'Eurostat montrent que le coût du travail en France n'est pas le plus élevé en Europe : la Belgique, la Suède et le Danemark sont devant nous. Elles montrent aussi qu'il y a bien plus faible que l'Allemagne : Bulgarie, Roumanie, Lettonie dont le coûte est entre 3 et 5€. Vers quelle tendance doit on aller?
De plus, il s’agit d’un coût intégrant industrie et services. Par conséquent, un plus faible cout du travail peut aussi indiquer le développement d’emplois peu rémunérés, notamment dans les services. Or, on sait que l’Allemagne a connu le développement d’un tel emploi ces dernières années. La aussi vers quelle tendance veut on aller ?
2. Isoler l'analyse du coût d'autres facteurs est un non sens. Il faut à minima le comparer à la productivité horaire. Car si le travail à un coût, il a d'abord une donnée de sortie : la valeur ajoutée. Par conséquent ce qui compte c'est la comparaison entre le coût et la richesse produite par heure de travail. Et bien la France est l'un des pays les plus productif du monde! La véritable question est d'abord comment augmenter la valeur ajoutée par heure travaillée par une meilleure formation, une meilleure organisation, une diminution des accidents du travail, une montée en gamme, de l’innovation... Que propose l'UMP sur ces questions?
3. La stratégie suivie par l'Allemagne sur la baisse des coûts est elle à suivre? Elle se traduit par deux caractéristiques : 1) la faiblesse de sa demande intérieure. Or, peut on construire une économie durable sans cette composante? 2) cette stratégie se traduit par la prise de part de marché à la France et aux autres pays européens, c'est une stratégie non-coopérative qui affaiblit le bloc européen. Ceci amène deux réflexions : la premiere est que si la France suit la même stratégie, elle va gagner des parts de marché. Mai sur qui? Ses voisins que sont l'Italie, l'Espagne, la Belgique... Au final nous n'augmenterons pas le gâteau et nous nous affaiblirons mutuellement. La deuxième est une question : pouvons nous nous payer le luxe d'avoir une Europe désunît face aux blocs américains, chinois, russes, indiens, brésiliens? Je ne le crois pas.
4. Une fois que l'on a dit cela, une question subsiste : le coût du travail pour les petites entreprises et l'emploi non qualifié. De ce point de vue, la gauche a agit. Nous n'avons jamais éludé cette question et sommes pour des systèmes de baisse de charges. Mais nous avons une vision plus large. Nous voulons répondre aux problèmes de développement que connaissent les petites entreprises. Ainsi, François Hollande propose un taux d'Impôt sur les sociétés modulés selon la taille et l'investissement et François Hollande propose une banque publique d'investissement au service des PME dont le principal problème est le financement de son développement.
Si l'on veut débattre sur le coût du travail, c'est sur l'ensemble de ces éléments qu'il faut le faire sinon cela n'a aucun sens.
Micaël