L’industrie automobile emploie directement ou indirectement 10% de la population active française. Elle a dessiné une partie de la géographie économique de notre pays en même temps qu’elle a participé à sa reconstruction après la guerre. Elle touche directement à nos modes de vie, à nos organisations urbaines et temporelles.
L’industrie automobile française européenne, mondiale traverse une crise sans précédent. La chute des marchés se combine à des mutations profondes qui touchent toute la chaîne de valeur. Les consommateurs recherchent des petites voitures d’entrée de gammes de moins en moins polluantes ou des véhicules très haut de gamme. Ils recherchent davantage de services (LOA, entretien…) Les nouvelles usines se construisent d’abord en Europe de l’Est, en Asie, en Amérique du Sud pour conquérir des nouveaux marchés en croissance. La part de l’électronique et de la technologie ne cesse d’augmenter.
Les conséquences sont dures : licenciement en masse, chômage partiel, risque de fermetures de site, faillites attendues pour plusieurs centaines de PME… Les restructurations structurelles qui s’annoncent peuvent aggraver encore plus cette situation : concentration entre constructeurs, constitution d’équipementiers de rang 1 aux tailles mondiales, rapprochement de sous-traitants de rang 2…
Et dans le même temps, tous ces acteurs sont face à la nécessité de concevoir la voiture « propre » de demain et donc d’investir dans les technologies vertes, électroniques, les nouveaux matériaux… ce qui signifie des besoins financiers lourds…
La crise de l’industrie automobile doit aussi nous encourager à se saisir de la question industrielle dans son ensemble. La fragmentation et la mondialisation des processus de production, l’émergence de nouveaux pays dans notre sphère capitaliste, les délocalisations qui touchent les usines mais aussi les centres de R&D, les ouvriers ainsi que les ingénieurs nous donnent l’impression d’une perte de substance économique.
Face à cela, nous devons réaffirmer qu’il n’y a pas d’avenir économique sans industrie. Si elle perd des parts de marché, des emplois ainsi que son avance technologique, elle reste au cœur des dynamiques économiques : l’industrie élargie aux services liés à l’industrie représente plus de 30% de notre valeur ajoutée à 40% des emplois, plus de 90% des investissements en R&D et des exportations.
Développer une politique industrielle est donc une nécessité économique mais c’est aussi un devoir moral pour la Gauche. L’histoire de la Gauche et du Parti Socialiste est liée aux usines et au monde ouvrier. Ces derniers, même si le monde ouvrier s’est fragmenté, individualisé, complexifié, restent la première catégorie socioprofessionnelle.
En conclusion, travailler la question industrielle, proposer une nouvelle voie pour la développer est aussi le moyen de nous réconcilier avec notre histoire, nos valeurs, elle est aussi un moyen de construire un nouvel ordre économique autour de ceux qui se lévent vraiment tôt pour travailler ou chercher à travailler à l'opposé d'une économie financiere qui s'effondre.
Micaël Fischer