Heulliez est sauvé. Bonne nouvelle pour les salariés concernés par la reprise. Bonne nouvelle pour le maintien des savoir-faire. Bonne nouvelle pour l'avenir de la voiture électrique. Pour autant, cette affaire n'est pas terminée et elle illustre l'un des risques forts auquel l'Europe industrielle va faire face pendant cette période de crise dure. L'ensemble de notre tissu industriel est touché par cette crise. Rarement, il a été aussi fragilisé. La crise qui fait chuter les ressources tout en accroissant les besoins met en situation très difficile beaucoup de nos entreprises industrielles. Ce sont d'abord les PME sous-traitantes qui sont frappés et petit à petit nos différents leaders. L'urgence pour ces entreprises est de trouver des fonds pour financer cette période difficile et garder des moyens d'investissement en particulier pour répondre à la révolution écologique que personne ne voyait arriver aussi vite. Voilà le problème. Ou trouver les fonds nécessaires? Nos banques sont en difficultés, beaucoup de fonds d'investissement le sont aussi, en particulier ceux qui ont joué à l'accès avec les LBO. Reste les fonds publics mais ils sont largement insuffisant. Le FSI ne dispose que de 6 milliards d'euros! Bien faible par rapport aux besoins. Alors vers qui se tourner? Qui aujourd'hui à les liquiditiés nécessaires pour dire oui et investir vite? Malheureusement la réponse est simple : les fonds souverains abondés par les revenus du pétrole ainsi que les fonds souverains chinois et de quelques autres pays.
Un fonds souverain chinois a même déclaré il y a plusieurs mois que la crise serait une chance et leur permettrait d'investir dans de très nombreuses PME européennes.
Cette démarche entre dans sa phase active. En une semaine, Heulliez a été sauvé grace à des fonds chinois et des Emirats et Porsche se pose la question de l'entrée à son capital d'un fonds Qatari. Mais derrière ces quelques exemples emblématiques, des centaines de PME, plus ou moins stratégiques vont se retrouver dans la même situation. A terme, le danger de perdre totalement la maitrise d'un certain nombre de savoir-faire stratégique est réel.
Il nous faut rapidement à l'échelon européen une sorte d'observatoire qui permettrait de suivre ses mouvements de capital et de pouvoir les anticiper afin d'etre en situation d'offrir quand c'est possible des options supplémentaires aux dirigeants d'entreprises concernés.
La perte des lieux de décision de nos entreprises industrielles est un risque sérieux dont la conséquence est de rendre beaucoup plus difficile la construction et la mise en oeuvre d'une politique industrielle européenne. Il ne s'agit pas de se refermer sur nous mêmes, mais juste de sortir de notre naiveté libérale face à des pays comme la Chine qui ne sont pas des démocraties.
Micael